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3D-Web Bilan & Perspectives (II)
Avril 2001

Il y a trois mois, nous avions publié un premier état des lieux en matière de 3d pour le Web. Aujourd'hui, de nombreuses interrogations ont trouvé des réponses : oui, le marché web-3d va exploser, oui les grands noms du multimédia vont s'impliquer directement.

Rappel des principaux événement :
Le 27 mars 2001, Adobe rend public le développement d'Athmosphere.
Le 10 Avril 2001, Macromedia annonce le support de la 3D-web dans Director/Shockwave 8.5.

Une chose est sûre : la 3d devient un enjeu capital pour ces deux sociétés. Mais le plus grand frein sera certainement la maîtrise du développement de contenus 3D.

Le développement de contenus 3D

Ne nous trompons pas : si les prestataires de technologies 3D sont capables de proposer des moteurs de rendu 3D pour le web, leur prestation s'arrête souvent là. Rares sont ceux qui proposent des outils pour générer des interactions, encore plus rares sont ceux qui permettent de créer des objets !
DiscreetAujourd'hui, créer un objet en 3D demande une double formation : d'une part une formation artistique et une maîtrise des outils 3D professionnels. Ce savoir-faire est fort rare. Pour appréhender des logiciels tels que Max, Maya ou Softimage un stage de 3 mois n'est pas inutile. Pour les maîtriser complètement (est-ce que quelqu'un peu y prétendre ?) il faut les utiliser quotidiennement. De surcroît, les contraintes 3D-web font que l'étape de modélisation doit être entreprise avec beaucoup de vigilance, sous peine de recommencer...
Il est vrai que pour animer une pyramide ou un cube, il n'est pas besoin d'être infographiste 3D. Mais la 3D web mérite d'autres contenus... Souvenez-vous ce qui s'est passé pour le GIF et le Flash : tout le monde est devenu animateur en herbe ! Au final, les bannières se ressemblent toutes et les sites Flash ne sont pas si originaux que ça... Les véritables animateurs 2D sont très rares, les modéliseurs 3D encore plus !
DiscreetDémocratiser une technologie est quelque chose d'inévitable, mais elle perd alors parfois son âme ! D'un autre côté, les contenus réellement innovants et créatifs sortent aisément du lot... avant d'être sommairement recopiés. Hors démocratiser la 3D n'est pas une chose simple : expliquer les grands principes, s'adapter en permanence aux nouveaux outils, trouver intuitivement les meilleures solutions pour résoudre un problème... La modélisation est sans aucun doute la partie la plus délicate car elle conditionne les étapes suivantes !
Rappelez-vous les efforts réalisés dans les années 96-97 pour démocratiser la 3d : cool 3D, Asymetrix 3D, Xara 3D... Même Macromedia a cru pouvoir réussir avec Extreme 3D... Tous ces produits sont enterrés, les seuls survivants sont de véritables dinosaures de la 3D : Max (hérité de 3D studio - 1989), Maya (Power Animator - Alias - 1987), Lightwave (1989)... Existe t-il un marché grand public du soft 3D ? La réponse aujourd'hui est non. Dailleurs, les prix des softs 3D sont sans équivoques...
Plusieurs solutions existent pour contourner ce délicat problème de la conception d'objets 3D : la numérisation et les catalogues d'objets 3D. La numérisation 3D repose la double analyse de la configuration spatiale et de la couleur de chaque points de l'objet. La numérisation professionnelle donne en général des résultats dans l'ensemble satisfaisants, même dans le cadres de l'édition web. D'autres outils basés sur l'analyse de photos clefs sont plus limités : pas de gestion des transparences, les objets complexes restent mal interprétés. Minolta en partenariat avec Metastream (aujourd'hui Viewpoint) a proposé un appareil photo grand public doté de fonctions 3D. Cet appareil n'a connu qu'un succès d'estime : trop tôt ou mal adapté à sa clientèle ?
Quant aux catalogues d'objets 3D, ils offrent des possibilités finalement assez limitées. Tout d'abord vous prenez le risque d'utiliser un objet déjà pris par la concurrence, ensuite pour le plaquage de texture, vous devez passer par un logiciel 3D pro. Et si vous voulez représenter un objet original et nouveau : il ne sera certainement pas catalogué !

La modélisation reste dans la plupart des cas un passage obligé et repose sur des logiciels très professionnels. Tous les prestataires de technologies web 3D rencontre ce problème qui confine encore l'utilisation. L'expansion de ses technologies passe par une meilleure formation des infographistes qui doivent intégrer dans leur cursus les bases de la modélisation 3D-web.

L'orientation prise par Adobe et Macromédia

Curieusement, Adobe se positionne comme concurrent direct de solutions telles que SCOL ou Blaxxun Platform. Les mondes virtuels créés sous Athmosphere peuvent certes recevoir des objets 3D complexes issus de VET ou Max, mais la plupart des scènes resteront assez géométriques. Le seul réel avantage d'Athmosphere repose dans la qualité de son rendu et des lumières qui créent une athmosphère. Quant aux outils de développement, restons sur vigilants, car la version beta postée semble très instable.
Macromedia adopte une approche différente : son outil est très polyvalent. Sous director, vous pouvez intégrer des objets 3d à vos scènes et profiter des nouvelles fonctions de Lingo pour gérer les interactions. Macromedia affiche clairement sa dépendance vis à vis des logiciels 3D. Dès le Sigraph 2000, Macromedia a conclu des accords stratégiques avec Discreet, Alias!Wavefront et Newtek pour intégrer un export au format Shockwave 3D. Les démos tournant sur le site de Macromedia ne sont pas exceptionnelles. La 3D est un nouveau format auquel Macromedia devra s'adapter. L'éditeur s'est associé avec Intel dans ce projet 3D.

Quel avenir pour les prestataires 3D existants ?

Officiellement les prestataires de technologies 3D se félicitent de l'entrée dans l'arène de géants tels que Macromedia et Adobe. Cela indique une certaine maturité du marché et l'existence d'une Eondemande de la part des utilisateurs. Mais une chose est sûr : toutes les technologies 3d web ne vont pas survivre ! Aujourd'hui on recense plus de 50 technologies 3D, et bon nombre d'entre elles sont en concurrence directe avec celles d'Adobe et de Macromedia. D'autres ont une avance technologique confortable face à ces deux géants : Viewpoint, Cycore, Pulse... Mais pour combien de temps ?
Sur le terrain de l'objet 3D pour le e-commerce les solutions des deux géants sont très pauvres et ne peuvent s'imposer tels quels. Adobe actionnaire de Viewpoint ne veut pas marcher sur les plat bandes de son poulain... Macromedia semble orienter sa technologie vers le Rich Content et Entertainment.

Conclusion

Ex-Machina/Viewpoint/SonySur le terrain des qualités techniques, les solutions déjà éprouvées restent supérieures à celles de Macromedia. Mais l'appétit de Macromedia est actuellement démesuré, et le rachat récent d'Allaire préfigurent ses visées expansionnistes. Le comportement de Macromedia est donc à observer de très près dans les prochains mois. Fusions, rapprochements, rachats tout est possible dans ce secteur.
Une chose est sûre : tous les logiciels 3D proposeront un export vers Shockwave 3D. C'est un signe qui ne trompe pas sur l'emprise de Macromedia sur le net. L'éditeur revendique 200 Millions de player Shockwave installés* (soit 10 fois plus que l'ensemble des autres formats 3d réunis).

Seule ombre au tableau pour Macromedia : la culture des développeurs web s'inscrit dans une tradition 2D, et les outils de développement Director sont un peu vieillissants face à Flash.

Pour les six prochains mois, les habitudes de la 3D-web resteront certainement les mêmes qu'aujourd'hui. La maîtrise de la 3D web peut-être comparée à celle du jeu vidéo : il faut travailler en équipe (un modeleur, une personne qui gère l'interaction et un programmeur). Quant au format 3D à utiliser, les solutions d'Adobe ou Macromedia ne sont encore rodées et exigent le chargement de plug-in super démesurés (4Mo !).

Côté licence, la venue d'Adobe et Macromedia va clarifier l'offre : on achète le logiciel de création et on est libre de publier ce que l'on veut. Ca a le mérite d'être clair.

Gageons que ces annonces vont faire naître une nouvelle émulation et compétition. Une évolution fort probable du marché est à prévoir : une 3D à deux vitesses. La 3D dédiée aux grands comptes avec Viewpoint, Cult ou Pulse et la 3D pour le grand public avec Macromedia, Adobe et les autres. Reste une inconnue : la démocratisation des modeleurs ne va pas être simple !

Rappelons que Microsoft, l'arbitre de cette compétition n'a pour l'instant rien entrepris... directement.

(* au 12-04-01 - Les versions actuelles de Shockwave player doivent être mises à jour pour bénéficier de fonctions 3D)

 

 
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