3D-Web
Bilan & Perspectives (VIII)
Avril - Mai 2002
COMPLEMENT
: Blaxxun Interactive en cessation de paiement.
Au
moment où nous publions ces lignes, nous apprenons
que Blaxxun (éditeur du player VRML Blaxxun Contact)
est proche de la faillite et recherche un repreneur. Cet éditeur
propose l'un des meilleurs plug-in VRML, et dispose d'une
avance technologique face à ces concurrents. L'éditeur
de Munich s'apprêtait à sortir SONG, la version
6.0 de son plug-in qui intégrait les spécifications
du MPEG 4 (modèles 3D sur un fond vidéo, ou
textures vidéos au format MPEG 4). Cette initiative
était unique dans le domaine du MPEG 4, et les espoirs
de voir un jour ce standard avec des fonctions 3D s'amenuisent.
En outre, le moteur de Blaxxun Contact était particulièrement
rapide sous DirectX 7.0 (ou supérieur), sa vitesse
d'affichage et ses spécifications techniques lui permettaient
d'animer de façon très satisfaisante un niveau
complet de Quake 3.
Étant donné les qualités de ses outils,
espérons que le développement reprennent rapidement.
Blaxxun peut compter sur le soutient d'une communauté
d'utilisateurs très large (Cybertown, de nombreux développeurs
indépendants, infographistes). Cette triste nouvelle
met en exergue les difficultés commerciales des solutions
web3D, et le problème des communautés 3D. Canal+
ferme également le 2ème Monde qui utilise la
plate-forme Blaxxun. Blaxxun a été fondé
en 1995, et sa politique commerciale a été souvent
contestée par les infographistes : difficulté
à obtenir des informations pour développeurs
(l'éditeur venait juste d'ouvrir un site dédié
aux développeurs). Il y a deux ans, Blaxxun tentait
d'ouvrir son capital (introduction au nouveau marché)
en vain.
Il est fort probable que Blaxxun trouve un repreneur. Son
expertise et son approche du format MPEG 4 sont des atouts
incontestables. Il s'agit d'une compétence convoitée
dans le domaine du web, de la TV interactive et des mobiles.
Blaxxun est précurseur dans ces domaines (et essuie
les plâtres...). Nous ne serions pas étonné
de voir des sociétés telles que Deutsch Telekom,
France Telecom ou Vivendi (bien que ce dernier semble freiner
ses investissement au niveau web) reprendre les activités
de l'éditeur.
Le cas de Blaxxun n'est pas si isolé : OpenWorlds (autre
éditeur VRML/X3D) semble en grande difficulté
et Nexternet (le nouveau venu dans la sphère VRML/X3D)
a restreind ses ambitions au niveau de l'intégration
du MPEG 4. Toutes ces nouvelles ne doivent pas réjouir
le Web 3D Consortium...
Le marché
de la 3D et notamment dans le domaine de la création
de contenus subi la crise de plein fouet : trois grands studios
français sont en difficulté (Medialab Technologies,
Ex Machina et Chaman, Cf News), et Duran Duboi se restructure.
Les éditeurs de solutions 3D se réorganisent
également : Discreet et Alias!Wavefront rassemblent
leurs équipes de développeurs et revoyent leurs
offres produits, tandis que NAN (éditeur de Blender
3D) dépose le bilan. Dans ce contexte morose, il ne
serait pas étonnant de voir d'autres sociétés
suivre la même destinée...
Ironie
du sort ou malédiction, la maturation technologique
des solutions web 3D coïncide avec le crash économique
de l'e-business (depuis sept. 2000). Les budgets attribués
aux projets innovants et ambitieux sont gelés, et le
web cherche toujours son modèle économique.
La progression du commerce électronique est freinée
par la conjoncture économique. Quant au secteur publicitaire,
la crise est encore plus perceptible avec une désaffectation
de nombreux annonceurs. Ne
soyons pas pessimiste : la 3D pour le web ne se comporte pas
si mal comparée à d'autres médias
tels que la vidéo. En 2001, la plupart des webTV ont
mis la clé sous la porte. Pour la musique, la situation
n'est pas plus enviable : le peer to peer grève les
recettes des boutiques en ligne. Internet est décidément
un nouveau média difficile à dompter et à
comprendre. Il bouleverse les équilibres économiques
et redistribue les cartes.
Dans le
domaine web 3D, chaque acteur essaye de se frayer un chemin
et trouver une place au soleil. Certains y parviennent mieux
que d'autres, mais la 3D se fait toujours aussi timide sur
les sites web. Nous sommes bien loin des prévisions
des analystes : 36 000 sites utilisant la 3D en 2002 (125%
d'augmentation par rapport à l'année précédente)
et 1 million à l'horizon 2007. Faute de trouver de
véritables clients intéressés par des
contenus 3D pour le web, les éditeurs de technos 3D
multiplient les efforts. De magnifiques démos, une
refonte régulière du site web, des nouvelles
fonctionnalités : en l'absence de débouchés
réels, les éditeurs s'affrontent sur le plan
technologique. L'audit de ce secteur révélerait
certainement le réel point faible : le service commercial/marketing.
Par ailleurs, les clients on du mal à intégrer
ce nouveau média dans leur communication. Résultat,
pour trouver des objets 3D sur un site, il faut passer en
revue tous les articles ou toutes les pages ! Un comble, étant
donné l'investissement consenti et le fait que la visualisation
3D d'un produit est un service pour l'internaute. A force
de contradictions et d'aberrations, le marché web 3D
fait ses premiers pas...
La solution
actuelle de la plupart des éditeurs de technologies
web 3D n'est pas viable : rassembler des financements, tours
de tables, convaincre les investisseurs... Le "système
start-up" ne fait plus recette. Il ne suffit pas d'avoir
des moyens de développement et de production. Aujourd'hui
il faut non seulement réussir à vendre, mais
aussi apporter au client une satisfaction à long ou
moyen terme. Chaque éditeur s'efforce à promouvoir
sa techno tant bien que mal. Impossible de conclure un accord
stratégique de promotion avec un autre éditeur
: cela risquerait d'amoindrir ses propres chances de réussite.
La perspective d'un horizon économique meilleur fait
vivre ces éditeurs, et non les commandes fermes...
La plupart des éditeurs pensent touver dans le secteur
du sans fil ou du haut débit la manne tant convoitée.
C'est un pari relativement hasardeux.
Après
les grands espoirs déchus du VRML dans les années
97-98 (couronné par l'arrêt de SGI), les éditeurs
web 3D essayent de conjurer ce mauvais sort et de renverser
la vapeur. Dans ce domaine il est très facile de décevoir
durablement, rattraper les erreurs du passé est un
objectif plus que jamais d'actualité. La promotion
de la 3D sur le web passe par une reconquête progressive
des clients et utilisateurs. Et la 3D pour le web ne manque
pas d'atouts : avatars, e-commerce, 3d games, réalité
virtuelle... Elle apporte une réponse immédiate
aux besoins d'interactivité et de richesse des sites
web. Son impact visuel n'a pas d'équivalent, et
les possibilités d'interactivité permettent
de générer des contenus complexes et variés.
Désormais, l'objectif principal est de convaincre les
utilisateurs, les développeurs et les décideurs.
Le marché
web 3D n'est pas uni, bien au contraire. Isolément,
chacun essaye de tirer son épingle du jeu. Le consortium
web3D a déjà bien du mal à survivre et
ne peut prétendre fédérer l'ensemble
des technologies ! Le versement des Royalties serait un problème
insoluble (le MPEG 4.0 est ralenti par ce type de conflit).
Chaque acteur prétend avoir une suprématie technologique,
et essaye "d'enfoncer" ses concurrents. Cette démarche
n'est finalement pas très productive car peu d'actions
sont dirigées dans le sens de promouvoir la 3D pour
le web et créer un besoin. Les
éditeurs devraient pourtant profiter de l'image moderne
et "tendance" de la 3D. Il suffit de regarder autour
de soi : des slogans tels que "Je veux une couleur 3D"
(d'une célèbre marque de cosmétique)
ou des produits d'épargne baptisés "Nuance
3D" ou encore Wanadoo qui avance la 3D pour le web comme
argument pour vendre ses Pack eXtense ADSL... De la X-Box
au dernier film branché d'Hollywood, la 3D est partout...
sauf sur le web ?
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