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 Q&A Emmanuel Vaucher (bureau d'étude Antares) et Eric Maranne (EMI)
Collaborative Forest Fire Fighting Training Environment

20/06/03
Q1 Présentation de votre entreprise et de ses activités.
A1

Nos compétences s’articulent autour des Systèmes d’Information Géographiques. Emmanuel Vaucher est plutôt environnementaliste, et moi (Eric Maranne) plutôt informaticien, nous nous sommes rencontrés autour des applications opérationnelles 3D et de la Réalité Virtuelle.
Nos prestations en 3D/RV :
- visualisation d'aménagements urbains, POS (par exemple la visualisation 3D de l'implantation d'un tramway à Aubagne)
- études d'impact (visualisation de carrière à 25/ 50 / 75 ans d'exploitation, puis après réhabilitation)
- conseil / prestations : sentiers 3D, études d'inter visibilité, visualisation de phénomènes locaux (évolution de végétation, crues, etc. ..), réalisation d'images (vues 3D pour supports publicitaires ou produits de communication) etc. ...
- développement : réalisation d'exporteurs VRML pour Systèmes d'Information Géographique (MapInfo, GeoConcept)
- produits : planification / préparation / de mission (ALAT / DGA)
- et enfin, notre dernière réalisation: un simulateur d'entraînement à la lutte contre les feux de forêt.

   
Q2 Combien de temps a duré le développement de Collaborative Forest Fire Fighting Training Environment ?
A2 9 mois :) ... La partie la plus longue à consisté à développer des produits destinés à la génération automatique du terrain et des routes. L'ensemble du développement s'est appuyé sur des standards ou des normes (directX, VRML). L'élaboration du simulateur s'est effectuée en 'crash développement', de façon évolutive et interactive avec l'équipe pédagogique. Il s'agissait vraiment d'une création pure, autant au niveau logiciel que pédagogique.
   
Q3 Traditionnellement les simulateurs ne gèrent ni différents engins ni plusieurs apprenants simultanément, comment avez-vous réussi à intégrer cet aspect collaboratif ?
A3 Le simulateur gère différents engins (différents camions / voitures / avions / hélicoptères, voire trains, bus ...), différents intervenants : stagiaires, encadrants, intervenants (pilotes professionnels). Il n'y a pas de notion 'd'avatar', un stagiaire peut conduire une voiture ou un engin, ou alors un groupe de véhicules (typiquement une colonne d'attaque au feu appelée GIFF). D'autres véhicules (ou groupes de véhicules) sont 'automatisés' pour remplir certaines tâches nécessaires mais non pédagogiquement intéressantes (approvisionnement en eau par exemple). De plus les stagiaires peuvent changer de véhicule ou de groupe contrôlé à tout moment (un chef de groupe devenant chef de secteur par exemple, va passer son 'groupe' à un autre stagiaire, pour prendre ses nouvelles responsabilités).

Le simulateur a aussi été utilisé pour former différents groupes de stagiaires simultanément : en couplant deux simulateurs (donc deux groupes de stagiaires), il devient possible d’en former un troisième (formation à la coordination départementale), qui décide de l’attribution des moyens (aériens et terrestres en fonction de des risques présentés par les différents ‘chantiers’ et de leur traitement.

Si l'on y ajoute que les rôles peuvent être complètement inversés en fonction des stages (les encadrants prenant les commandes des engins, et les stagiaires effectuant le commandement), il devient évident que seule la réalité virtuelle pouvait offrir une souplesse suffisante pour réaliser le simulateur : en simulant la réalité, toutes ces fonctions deviennent évidentes et naturelles.

Enfin, la structure d’un simulateur n’est pas figée : des postes peuvent venir se connecter à tout moment, et comme il n’y a rien de scénarisé (tout est dynamique).Le simulateur a atteint 500 véhicules gérés simultanément pendant un stage…

   
Q4 Pourquoi avez-vous choisit Cortona (Parallel Graphics) comme moteur 3D ?
A4 Le choix s’est effectué en 2001, les performances 3D étaient correctes, le coût de redistribution et de licence du composant très faible, et, enfin, au début du développement il s'agissait du seul composant commercialement viable (Blaxxun Contact était alors hors course). Choisir un composant tel que Cortona plutôt que de passer par une adaptation DirectX ou OpenGL permet de s'affranchir d'une grande partie du 'cambouis' de développement, et donc d'assurer niveau de productivité élevé. Le fait que Cortona soit un interpréteur de code VRML rend les adaptations / modifications faciles et rapides : une qualité précieuse qui contrebalance largement une légère perte de fluidité. Un plugin VRML est *beaucoup plus* qu'un simple moteur 3D.
   
Q5 La topologie est très bien rendue. Comment avez-vous réussi à obtenir un tel réalisme ? Quelle est la superficie de la zone active ?
A5 Le modèle s'appuie sur des données IGN (altimétrie satellite et photos aériennes), orthorectifiées, reprojetées dans un système cartésien local (suffisant pour la précision géographique désirée). La précision des rasters peut atteindre 50 cm pixel sol, ce qui représente un gros volume de données raster. Ces données sont bien sur retraitées et enrichies, soit de façon automatique (création du réseau routier à l'échelle 1:1 ... !), soit de façon manuelle, pour souligner certains aspects de topologie et de géométrie. Un simulateur destiné à la navigation au sol est très différend d'un simulateur destiné au survol. Les routes doivent être horizontales, même à flanc de montagne, la précision du raster 'proche' est déterminante, ainsi que la précision de la géométrie lointaine (pour reconnaître une ligne de crête au lointain) , et encore plus de la géométrie proche (bas fossé de route, lac *plan*) , bref ... rien à voir avec un 3D 'fly thru' :)

Nous avons du développer des applications spécifiques pour interpoler, trianguler, décimer, ajuster la surface du sol. Ces applications ne sont pas commercialisées, et elles capitalisent une grande partie de notre savoir faire : une zone typique d'exercice couvre environ 200 km2, plusieurs milliers d'arbres, infrastructures, points sensibles (habitations, immeubles), plusieurs centaines de kilomètres linéaires de routes, croisements, etc ... elle est visualisée à 30 fps sur une machine cible à 1500 € (windows XP, PIV 2Giga, GEForce4 128 Meg). Actuellement la totalité de la superficie couverte est de 2300 km2. La zone est suffisamment réaliste pour permettre la navigation à partir de cartes IGN commerciales.

   
Q6 Comment avez-vous intégré le feu, l'acteur principal de cette simulation ?
A6 Les phénomènes naturels (feu ou autres à venir) peuvent être intégrés de deux façon, suivant les désidérata de l'équipe encadrante.

En mode interactif complet : un encadrant dessine le contour du feu, et son évolution en temps réél. Cela permet pédagogiquement de prendre en compte les actions et les erreurs des stagiaires à coup sûr, voire de les 'provoquer' (le but réel du stage est la formation au commandement, donc à la gestion du stress entre autres). Le rôle pédagogique du simulateur est privilégié.

Un mode automatique : en fonction de la végétation (obtenue par photo interprétation), de l'altimétrie, du vent défini, du degré de sécheresse défini), le feu progresse librement, seulement affecté par les actions des stagiaires (attaques sol et bombardements aériens). Cela permet d'obtenir un feu plus 'réaliste', et plus 'imprévisible' que dans le mode précédent. Dans ce cas, le rôle de référent spatial et temporel cohérent et partagé du simulateur est privilégié.

Enfin il est possible d'intervenir dans un mode plus ou moins automatisé, mixant les deux approches. Un modèle de propagation spécifique à été développé, et se ‘branche’ sur la simulation.

   
Q7 Combien de personnes (apprenants et formateurs) doivent intervenir simultanément dans le simulateur ? Quels sont les principaux rôles/tâches ?
A7 Le nombre de stagiaires et d'encadrant fluctue en fonction du niveau du stage. Typiquement un stage de bas niveau regroupe 12 stagiaires et 6 formateurs, ces nombres sont inversée dans le cas d'un stage du plus haut niveau. Il faut noter qu'il n'y a pas de formateurs à demeure dans le centre de formation : pour chaque session, des personnel du terrain sont appelés à prendre ce rôle.

Ceci est aussi rendu possible par le simulateur :
-
référentiel partagé -> encadrants et stagiaires sont en terrain connu, et sont très vite opérationnels. Lé simulateur n’est pas perçu comme une application informatique. Deux heures d’utilisation libre du simulateur suffisent en début de stage pour que stagiaires et encadrants soient prêts à leur premier feu.
-
référentiel pédagogique -> la cohérence de la formation peut être maintenue. Le changement des formateurs risquerait de créer des stages de différents niveaux, avec des évaluations différentes, si le simulateur ne constituait pas ce référentiel pédagogique.

Les seuls personnels 'fixes' sont un agent d'exploitation surnommé Dieu : il définit le jour, le lieu, l'heure, les conditions météo, la mise à feu ( en accord avec les formateurs bien sur), et le superviseur de la formation (garant de la cohérence inter stages). Les stagiaires remplissent le rôle pour lequel ils sont venus se former : ils conduisent des véhicules et des groupes dans les stages de 'bas' niveau, élaborent des tactiques et stratégies pour répondre à l'urgence et combattre le feu, sous la vigilance des encadrants. Au stage de plus haut niveau, ils sont en fait regroupés essentiellement dans le PC, et commandent les groupes d'attaque pilotés par les encadrants.

Les encadrants gèrent les moyens accordés (ils jouent en fait le rôle de coordination départementale ou régionale), déterminent les disponibilité des engins (qui peuvent être engagés sur d'autres fronts ou ne pas pouvoir voler à une heure tardive (avion, hélico)). Et ils génèrent les 'épiphénomènes' servant à ajouter du réalisme à la situation : pannes de véhicules, trains ou bus pris dans la fumée, animaux échappés du zoo, crash d'avions bombardiers d'eau, etc ... : ils ont toute une panoplie de 'générateurs de stress' à disposition : )

Bien sûr, lorsque certains d'entre eux conduisent eux même les groupes sous le commandement des stagiaires, ils se montrent parfois volontairement peu performants ... Enfin le dernier type d'intervenants sont les pilotes d'avion ou d'hélicoptère de la sécurité civile, qui eux viennent tenir leur véritable rôle. Ils interviennent pour piloter les avions / hélicoptères. Les vacations radio, le guidage des largages, la surveillance de l'espace aérien et l'ensemble des procédures de coordination air/sol sont répétées.

Les intervenants sont reliés entre eux par un réseau radio local 'réel'.

   
Q8 Quelles sont les actions qu'un formateur peu effectuer lors de la simulation ? A t-il des informations de type tracking pour évaluer le niveau des apprenants ?
A8 Un formateur peut injecter de nombreux types d'évènements à gérer pour les stagiaires, comme on l'a vu. Il n'y a pas de tracking, sinon qualitatif, des apprenants. En fait une partie essentielle de la formation est le debriefing, ou les actions sont discutées en groupe. Il s'agit d'une formation au commandement, donc essentiellement, la performance du groupe est jugée. Un tracking automatisé n'a pas de sens, mais la qualité de la prestation globale de chaque stagiaire est jugée par les formateurs.

A cette fin, ils disposent de différents outils de debriefing (arrêts sur action, etc ...) ainsi que la capacité à ' visualiser la vision' d'un stagiaire en temps réél sur son propre écran. Il peut ainsi juger de la qualité tactique de l'action, de façon globale, et par stagiaire. Comme rien n'est scénarisé au préalable (toute l'évolution est liée à l'interaction des utilisateurs, au travers des moyens engagés), que beaucoup d'informations sont échangées par radio (voire par téléphone ou par fax !) un tracking automatisé serait de toute façon ardu, voire impossible à effectuer.

   
Q9 Depuis combien de temps Collaborative Forest Fire Fighting Training Environment est-il opérationnel ? Quels retours d'expérience de la part des formateurs et apprenants avez-vous ?
A9 1 an, plus de 1000 stagiaires formés. Les formateurs apprécient la souplesse, l'éventail des possibilités, la restitution fidèle des phénomènes et de l'ambiance. Les stagiaires apprécient de se trouver dans un environnement connu (pas devant une simple carte à essayer d'imaginer le feu qu'ils doivent combattre).

Les retours sont tous positifs : ludique, gratifiant, réaliste. Mes pour nous le retour le plus intéressant, c'est lorsque le pilote de canadair se lève comme il le ferait, au commandes de son appareil et se penche derrière l'écran pour suivre des yeux plus longtemps les véhicules qu'il vient de survoler, lorsque le chef des opérations tombe de sa chaise en hurlant à sa radio, ou malheureusement lorsqu'un stagiaire 'craque' et quitte le stage. Enfin, le carnet de réservation pour les stages organisés par l'école de Valabre est rempli au delà de 12 mois, malgré le fait que leur nombre ai été multiplié par 3...

   
Q10 Au niveau de la maintenance du système : quels types d'interventions êtes-vous ammené à effectuer ?
A10 Il n'y a pas d'informaticien, sur place, l'ensemble du dispositif est aux mains des sapeurs pompiers encadrants, … donc nécessairement robuste :). L'essentiel des interventions consiste à changer de temps à temps des barettes mémoires ou des cartes vidéo mises à rude épreuve.
   
Q11 Est-ce que Collaborative Forest Fire Fighting Training Environment est-il déployable sur un réseau intranet ou internet ?
A11 Le simulateur est déployé sur un simple réseau TCP/IP, il donc déployable instantanément sur Internet ... théoriquement. Deux éléments sont à prendre en compte : la taille des fichiers nécessaires à visualiser 200 km2 à 50 cm pixel sol, et le copyright lié aux données IGN, qui limite leur diffusion. L'utilisation sur Intranet peut répondre à la problématique copyright.
   
Q12 Quels sont les bénéfices de l'usage d'une telle simulation ?
A12 Le nombre des exercices effectués ainsi que les possibilités pédagogiques sont décuplés , avec un coût nettement moindre que lorsqu'il fallait mobiliser camions, voitures, hélicoptères et avions sur le terrain pour s'exercer sur un feu ... forcément virtuel (il n'est pas question de mettre le feu à une forêt pour s'entraîner !), sans compter que ces jours là, il pleut toujours :)

Les stagiaires, tout en restant dans les locaux de l’école, peuvent en 15 jours réaliser environs 40 exercices (au lieu de 4 auparavant, avec des engins réels), sur des zones variées, présentant des enjeux et des dangers diversifiés ... et toujours en été … :). L’absence d’enjeux économiques permet de tester toutes sortes de situations totalement irréalisables en réalité. Feux périurbains, à proximité de sites industriels, à très grand nombre d’intervenants, etc. …

La fréquentation, sur le même site, de différent types de personnels, normalement séparés : pilotes et personnel sol, comité communaux et sapeurs pompiers, permet aux uns et aux autres, non seulement de travailler les méthodes, mais aussi d’apprendre à se connaître, à comprendre les contraintes respectives des uns et des autres. Ce qui est une fonction très importante, à ne pas sous estimer. Je n’avais pas parlé des comités communaux. Ces comités sont chargés d’aider les équipes de sapeurs lors d’une intervention. Déterminants (ils connaissent le terrain), ils ne sont pourtant pas formés à la lutte (souvent ce sont des retraités locaux). Ils ne viennent pas se former, mais *comprendre* : en assistant en direct, de façon complètement accessible à une action de lutte contre un feu , ils sont en mesure de comprendre les motivations des demandes , de mieux y répondre lors d’un vrai feu. Ceci est aussi un bénéfice indirect de l’outil.

L'école a du multiplier par trois le nombre de stages organisés, les deux simulateurs sont complètement réservés pour 12 mois, un nouveau batiment a dû être construit pour accueillir et loger les stagiaires supplémentaires.

   
 
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