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 Q&A Stéphane BEUGNET
Responsable 3D, In Visible
22/02/02
Q1 D'où vient votre intérêt pour la 3D appliquée au web ?
A1

Il vient dans le prolongement de ma passion pour la 3D et après la période où il fallait des heures pour calculer une image ! En effet, je me suis toujours dit, une fois une scène modélisée, pourquoi ne pas la manipuler ou se balader librement dedans.
Elle est loin l'époque de l'utilisation de 3D Studio sous DOS sans preview « shadé » dans les vues, loin aussi la période où nos pauvres Pentium 120 Mhz et carte 2D ne permettait pas d'afficher grand chose des fonctions d'export VRML 1.0 que proposait 3dsmax fraîchement débarqué sur nos PC. Or ce qui m'a toujours intéressé était de représenter quelque chose au rendu réaliste.
Avec le temps et l'accélération de la puissance de calcul, j'ai trouvé goût à re-tenter l'expérience et les résultats commençaient à être intéressant. Cette période se juxtaposa au moment où Internet commençait enfin à se populariser. Les deux « mondes » se sont donc naturellement mélangés, car finalement il n'y a pas meilleur moyen rêver de diffusion. J'ai depuis consacré pas mal de temps à tester et évaluer une bonne partie de ce que le marché nous propose jour après jour dans ce domaine...

   
Q2 Depuis plusieurs années les analystes nous promettent une adoption massive de la 3D sur internet ? Aujourd'hui, que pensez-vous de ces prévisions ?
A2 C'est dans le fond quelque chose, à mon avis, qui est vrai et assez inévitable, à la condition que les sociétés veuillent proposer à leur internaute -et donc futur client- autre chose que des sites vitrine en flash où ça bouge de partout mais n'apporte finalement rien dans le contenu. Il faut aussi quelles soient prêtent à investir dans le domaine, pour récolter beaucoup plus ensuite...
L'autre frein est, comme pour toutes nouvelles technologies, le temps pour quelles mûrissent, soient éprouvées et accessibles au plus grand nombre. C'est comme il y a plus de 10 ans on nous disait que toutes les voitures aurait un système de navigation, force est de constater que les systèmes existent bel et bien aujourd'hui mais sont encore très cher et incompatible entre eux.
La 3d sur le web c'est pareil ! Plus de 50 technologies et pas une vraiment mûre et totalement « fluide » d'un bout à l'autre de la chaîne de création, pas une compatible ou universelle avec tous les navigateurs et systèmes d'exploitation, pas une permettant de faire aussi bien un personnage, qu'un monde virtuel ou un objet hyperréaliste.
Elles ont toutes encore malheureusement de gros points négatifs pour contrebalancer les points positifs. Cela peut être au niveau du coût, de la stabilité, de la compatibilité, de la facilité d'utilisation et d'ergonomie (des outils pour le créateur ou du plug-in pour l'internaute), de l'intégration avec les programmes de modélisation, de la puissance requise, de la sécurité (pour ne pas se faire voler le contenu), du poids excessif (du player ou des objets), des possibilités d'interactivités...

   
Q3 Lequel de ces hypothétiques évènements préférez-vous voir se réaliser ?
-Viewpoint adopte un système de licence similaire à celui de Director.
-Macromedia intègre des objets 3D dans Flash.
-Apple intègre les fonctionnalités 3D du MPEG 4 dans Quicktime.
A3 Il est évident que si aujourd'hui Viewpoint vend ses outils de créations à un prix correct, avec lesquels on peut publier autant d'objets sur autant d'URL possibles, sans avoir à payer le moindre centime en redevance et améliore aussi ses outils vers un coté plus productif pour manager les scènes et le XML, alors OUI les plus gros freins seront desserrés et les objets 3D pourront se répandre à plus grande vitesse sur le réseau.
Du coté Flash, je trouve que cet outil donne des résultats d'animation intéressants, mais je ne supporte pas le manque totale d'ergonomie de ce logiciel (ceux qui aiment avoir les pistes séparées pour les translations X, Y, Z et les rotations, X, Y, Z dans leur programme préféré de 3D, me comprendront). Maintenant, rien n'empêche déjà de mixer du Viewpoint dans et avec du flash.
Vu comment s'engage le MPEG4 au niveau des royalties, on est mal partit ! J'ai de toute façon un peu de mal à concevoir qu'un player vidéo puisse servir efficacement pour afficher de la 3D. Je préférerais déjà qu'Apple améliore les codecs de compression pour le streaming vidéo. Sans parler que s'il faut un Mac pour compiler les données (comme il le faut aujourd'hui si on veut utiliser les outils Apple pour créer un Quicktime VR) cela me paraît difficile. Reste à voir ce que le X3D nous réserve...
   
Q4 Que pensez-vous des objets 3D web créés à partir de numérisations (scan 3D, triangulation à partir de photos) ?
A4 Évidement, on peut avoir le meilleur outil de visualisation du monde, il faut bien créer ou récupérer les données de l'objet pour le représenter en 3D. On arrive aux questions délicates du reverse-engineering. Comme pour les plug-ins, aucune technologies actuelles ne permet malheureusement de répondre à tous les cas de figures, tout dépendent bien entendu de la nature de l'objet de départ et de ce que l'on veut en faire par la suite.
Pour faire court, de ce que j'ai vu jusqu'à aujourd'hui, les scans (laser) sont bien précis, mais ne capture généralement pas les textures et tout comme la reconstruction automatique à partir de plusieurs photos, ce genre de scan créé et capture des points 3D répartis au hasard, arrondissant considérablement les angles. De plus, on ne peut séparer facilement un objet composé de plusieurs morceaux. Alors oui, pourquoi pas pour des objets organiques, mais là encore des problèmes surgissent comme les surfaces concaves par exemples.
Concernant les outils de recréation manuelle et assisté par triangulation, de ce que j'ai vu, ils souffrent, encore une fois pour moi, d'une ergonomie incertaine ; alors à quand ce type de fonction directement intégré par plug-in dans 3dsmax ?
Il est malheureux aussi que même pour un produit déjà modélisé en CAO, sa récupération pose toujours des nombreux problèmes. C'est surtout le cas d'objet contenant souvent trop de détails et aussi où les jonctions de surfaces triangulées à partir de plusieurs carreaux de Nurbs ne sont pas raccord ne permettant pas d'obtenir directement le moindre lissage, primordiale pour le temps réel. Il est dommage que le monde de la CAO soit encore si éloigné du monde de la 3D pour le broadcast et du temps réel.
   
Q5 Les outils de développement web 3D (exports Max, logiciels tels que Viewpoint Scene Builder, Cult3D Designer...) vous paraissent-il satisfaisants ?
A5 Non et loin de là. C'est d'ailleurs un problème qui n'est pas visible du côté du client ou de l'internaute final, et qui fait vite monter la facture de la création. Pour eux, on a « juste » a scanner une simple photo et hop l'objet est reconstruit, devient interactif, et se place comme par magie dans la page HTML, j'exagère un peut mais c'est presque ça !
Pour moi, le logiciel de développements qui remportera le marché, outre bien entendu les autres points déjà évoqués dans la première question, est celui qui auras su TOTALEMENT et INTELLIGEMENT s'intégrer dans 3dsmax (ou votre logiciel de 3D préféré). Car rien de plus pénible que de faire des allées et retour en export, en « perdant » des données ou caractéristiques au passage pour arriver dans un autre logiciel à peine ergonomique afin de simplement gérer un peut de rendu ou d'interactivité !
   
Q6 Aujourd'hui, est-ce qu'un modeleur peut prendre en charge toutes les étapes des créations d'un objet 3D pour l'e-commerce (modélisation, optimisation, programmation des interactions, exports et intégration) ?
A6 En ligne droite avec la question précédente. OUI, c'est clairement possible si on nous en donne les moyens. C'est justement ce a quoi j'attends et encourage depuis bien longtemps ; j'insiste sur ce point à chaque fois que j'ai la possibilité de parler avec des développeurs de technologie 3D. Je suis persuadé que cela est faisable et doit absolument être fait.
Je suis infographiste 3D et pas développeur, ont doit donc mettre à notre disposition des outils avec la plus grande ergonomie possible. Car c'est toujours « marrant » d'entendre dire, mais oui cette fonction est possible, il suffit JUSTE de faire un petit script ! Sûrement, quand on sait l'écrire, mais à chacun son rôle. Le développeur n'a pas pour vocation à créer les objets, mais mettre à dispositions des outils pour le faire et à l'inverse, les infographistes n'ont pas à écrire la moindre ligne de code mais à s'occuper de la partie « artistique », gérant et maîtrisant d'un bout à l'autre l'outil de création ce qui est déjà pas mal.
   
Q7 Quelle place occupe la 3D pour le web au sein d'In-visible ?
A7 In-Visible existe depuis 15 ans. J'y travaille depuis un an environ, après plus de 5 ans passés chez Exmachina.
In-Visible n'est ni une web agency ni une agence de création publicitaire, mais nous travaillons pour et avec eux. In-Visible donne les réponses et met en place les meilleures solutions techniques et budgétaires à toutes les demandes posées par nos clients concernant la « visualisation » au sens très large.
On vend donc aussi bien du hardware comme du matériel audiovisuel ou informatique que des softwares dans le domaine graphique et vidéo comme Avid ou Discreet. Nous proposons aussi nos services pour la production, réalisation et post-production de film publicitaire, corporate, simulation architecturale, effets spéciaux, création de DVD... Comme ont fait de la 3D pour le broadcast, il nous est évident de la proposer et la décliner aussi sous la forme temps réel pour le web afin de complètement parfaire notre offre.
   
Q8 Comment voyez-vous l'avenir de la 3D pour le web ?
A8 Du coté technique, avec une seule poignée de technologies survivantes : une pour les objets, une pour les personnages et autre assistant virtuel et enfin une ou deux pour les mondes et les jeux. Le tout racheté et fusionné plus tard dans une seule et même compagnie... par Microsoft par exemple ;-)
Du coté utilisation, un bel avenir si tous les cotés techniques et financier parviennent à se mélanger en une harmonieuse adéquation. Il est évident que lorsque l'on a goûté aux possibilités de voir sous toutes les coutures le futur objet que l'on a décidé de s'offre par exemple, il est très difficile ensuite de revenir sur un site où l'on a pour illustration un simple scan (taille timbre poste) de la brochure papier sans même avoir été détramé...
   
   
 
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